Les congrès des années 70

De 1971 à 1981, le Parti socialiste, reconstruit, se prépare à la conquête du pouvoir. Ses congrès rythment cette marche par l’adoption de propositions qui constitueront le projet socialiste qui convainc une majorité de Français au printemps 1981.
Congrès d’Alfortville : 4 mai 1969

Le nouveau Parti socialiste succède à la SFIO lors du congrès constitutif d’Alfortville, le 4 mai 1969. Gaston Defferre est désigné comme candidat à l’élection présidentielle de 1969.

Congrès d’Issy-les-Moulineaux : 11-12 et 13 juillet 1969

Alain Savary devient le premier secrétaire du Nouveau Parti Socialiste. Dans un contexte marqué par la division de la gauche à l’élection présidentielle de 1969, la Convention des institutions républicaines (CIR) ne participe pas à ce congrès. Le nouveau Parti socialiste, tout en étant favorable à l’union de la gauche, n’est toutefois pas prêt à une discussion programmatique avec le PCF. Jean Poperen, qui avait été exclu du PSU, rejoint le nouveau PS.

Congrès d’Épinay : 11-12 et 13 juin 1971

Ce congrès est celui de l’unification des socialistes : NPS, Convention des institutions républicaines et un certain nombre de nouveaux adhérents comme l’ancien MRP Robert Buron. Une nouvelle majorité se dessine, d’abord sur le choix de la représentation proportionnelle quasi-intégrale (seuil à 5%), contre un système plus compliqué, avec prime majoritaire et élimination des petites motions, préconisé par la direction sortante. La coalition Mauroy- Defferre-Mitterrand-CERES (51,26 % des mandats) l’emporte à nouveau lors du vote final sur celle de Savary-Mollet-Poperen (48,73 % des mandats). Concernant l’union de la gauche, la première coalition prônait un accord avec le PCF reposant sur l’élaboration d’un programme de gouvernement ; c’était aussi un choix tactique qui devait favoriser une dynamique politique au bénéfice des socialistes. La seconde coalition posait en préalable l’instauration d’un dialogue idéologique avec le PCF. François Mitterrand devient Premier secrétaire grâce au ralliement de la gauche du parti (CERES) et à l’appui de deux puissantes fédérations : les Bouches-du-Rhône de Gaston Defferre, et le Nord de Pierre Mauroy. Le congrès mandate sa nouvelle direction pour préparer un accord de gouvernement avec le PCF. La motion finale se réfère à la stratégie d’union de la gauche, à la rupture avec le capitalisme et au front de classe des travailleurs. Epinay marque le véritable départ du PS et renoue avec la synthèse traditionnelle du socialisme français : anticapitalisme, confiance dans l’action réformatrice de l’Etat, humanisme…

Convention de Suresnes : 11 mars 1972

Le PS adopte son programme « changer la vie » qui renouvelle le projet socialiste et lui donne une dimension autogestionnaire (construction du socialisme par l’articulation entre le mouvement « d’en haut » et le mouvement « d’en bas »). Les débats sur les institutions, l’Europe, l’autogestion et le contrôle, le retrait de la France de l’OTAN… sont tranchés par le vote. Le Programme commun est signé le 27 juin 1972 entre le PS et le PCF est le premier du genre signé par les deux partis depuis le congrès de Tours. Il sera contresigné par le MRG peu de temps après.

Congrès de Grenoble : 22 au 24 juin 1973

La motion de François Mitterrand obtient à elle seule 65,35 % au vote indicatif (Mitterrand, Mauroy, Savary), le CERES obtenant 21,02 %, la motion Mollet 8 % et la motion Poperen 5 %. Les affrontements sont vifs mais la synthèse est réalisée. Le Premier secrétaire rallie la quasi- unanimité du parti, à l’exception des molletistes, lors du vote final : sa motion « Pour un socialisme libérateur, un parti socialiste responsable » obtient 92 % des mandats. La ligne d’Epinay est réaffirmée.

Convention extraordinaire de Bagnolet : 15 et 16 décembre 1973

Cette convention débat de la construction européenne. François Mitterrand doit mettre sa démission dans la balance pour obtenir gain de cause : le texte qu’il propose, favorable à la construction européenne, est adopté à l’unanimité.

Convention de Suresnes : 23 et 24 mars 1974

Cette convention est consacrée à la réforme des statuts : création des sections d’entreprises, mode d’élection des dirigeants à la proportionnelle, institution d’un quota féminin (10 %)…

Les assises du socialisme : 12 et 13 octobre 1974

Ces assises ont lieu dans la dynamique de l’élection présidentielle de mai 1974, où François Mitterrand a frôlé la victoire. Elles marquent l’ouverture du Parti socialiste à la majorité de la direction du PSU (Michel Rocard, Robert Chapuis) et à des personnalités de la CFDT (Jacques Cherèque, Pierre Héritier) ainsi qu’à la « troisième composante » (vie nouvelle, GAM, Objectif socialiste…). Après le congrès d’Epinay, ces assises achèvent, pour l’essentiel, l’unification de la famille socialiste.

Le congrès de Pau : 31 janvier – 12 février 1975

Le PS se dit prêt à appliquer seul le programme commun, dans le cas d’une rupture de l’union de la gauche à l’initiative du PCF. Le CERES (25 % des mandats) entre dans la minorité. La majorité se regroupe ainsi : François Mitterrand, Gaston Defferre, Pierre Mauroy, Michel Rocard, Jean Poperen, Alain Savary. La minorité est dirigée par Jean-Pierre Chevènement et les animateurs du CERES. Il y a donc rupture de la coalition d’Epinay. Le « courant des assises » (rocardiens) se compte à l’aide de « l’amendement Martinet » mais il fait le choix de l’intégration dans la majorité. Le comité directeur (CD) compte désormais 130 membres. Sont également créés des postes de délégués nationaux pour seconder les secrétaires nationaux.

Convention nationale sur l’autogestion : 3 et 4 mai 1975

Les Quinze thèses pour l’autogestion, élaborées au sein d’une commission de travail, sont adoptées à l’unanimité par la convention. La convention ne reprend pas l’amendement additionnel (Seizième thèse) présenté par le CERES sur « l’initiative autonome des masses ». Ces Quinze thèses tournent autour de l’articulation du « mouvement d’en haut » et du « mouvement d’en bas ».

Congrès extraordinaire de Dijon : 14 et 15 mai 1976

Ce congrès extraordinaire a pour objet les relations PS/PCF dans la perspective des élections municipales de mars 1977. Il prévoit le principe de l’union de la gauche, sauf dans quelques situations particulières et en cas d’exigences excessives du PCF. Il y a donc un rejet des alliances de « troisième force », encore en vigueur dans un bon tiers des villes lors des élections municipales de 1971.

Congrès de Nantes : 17 et 18 juin 1977

Le congrès a lieu au lendemain des élection municipales marquées par un vrai raz de marée en faveur des listes de gauche. L’alternance paraît proche et inévitable. Michel Rocard lance un débat sur les « deux cultures » qui traversent la gauche française. La majorité sort renforcée sur la ligne de la réaffirmation de l’union de la gauche. La motion Mitterrand obtient plus de 75 % des voix. Le CERES reste dans la minorité sur la base d’orientations radicales : rupture avec le capitalisme « en 100 jours », nationalisations étendues, hausse importante du SMIC… Les congressistes découvrent le premier hymne du parti, paromes d’Herbert Pagani et musique de Mikis Théodorakis, « Changer la vie ».

Congrès de Metz : 6-8 avril 1979

L’enjeu de ce congrès est double : au delà du choix de la ligne politique se profile le choix à venir du candidat à la prochaine élection présidentielle. Parmi les points de débats : la conception de l’alliance avec les communistes après la rupture de 1977 : Pierre Mauroy et Michel Rocard souhaitent une démarche plus autonome pour le Parti socialiste, François Mitterrand estime que l’autonomie du PS, c’est de « tenir bon » et d’être « unitaire pour deux » même le le PC semble refuser l’union. Autres points de débat, l’évaluation du rôle du marché et des mécanismes de régulation économique, le degré de rupture avec l’ordre économique. Lors du vote final au congrès, la motion Mitterrand obtient 46,99 %, la motion Rocard 21,26 %, la motion Mauroy, 16,01 %, le CERES 14,4 %. Une première synthèse est réalisée au congrès entre les motions Mitterrand et Defferre qui atteignent presque la majorité absolue ; le CERES rejoint la synthèse après le congrès pour former avec Mitterrand la majorité du parti. Les courants Rocard et Mauroy constituent désormais les minorités du parti.

Convention nationale d’Alfortville : 12-13 janvier 1980

Elle procède à l’adoption du projet socialiste pour les années 80. Divisé en trois parties – comprendre, vouloir, agir – le projet socialiste doit orienter l’action des socialistes pour les années 80. Rupture avec le capitalisme et stratégie d’union de la gauche, volonté de s’affranchir de la logique du marché et des contraintes extérieures, affirmation de la souveraineté nationale face au processus d’intégration européenne et à la puissance américaine, le texte soumis aux militants est marqué par le volontarisme politique et économique ; il réunit 96 % des suffrages.